Columbia, et le vol habité.

1 an déjà...

Messagepar Berkut » 25 Mars 2004, 16:44

....depuis le dernier message, et à peine un peu plus depuis l'explosion de la challenger. Comme disent les américains, "my two cents worth of opinion" :

1) L'Orbital Space Plane qui n'avait d'avion spatial que le nom, est devenu le "Crew Exploration Vehicle" du projet "Constellation" : à priori un engin balistique, capable de d'aller au-dela de l'orbite terrestre, et surtout d'en revenir.

2) Je crois que les "avions spatiaux", ou plutôt planeurs pour ce qui est d'Hermès ne sont pas la panacée pour le vol spatial habité. Certains voient la remise au hangar des navettes annoncée pour dans une dizaine d'année comme une régression, alors qu'il s'agit juste d'une adéquation des moyens aux fins. Le jour où l'on voudra rejoindre l'orbite de façon régulière et quotidienne, l'avion-spatial (propulsé) sera l'outil idéal. La question c'est pourquoi faire ? Et tout le problème est la. Les gens du spatial sont obsédés par le matériel et les infrastructures, alors que personne n'etait capable de donner la finalité de quoique ce soit. Heureusement, Bush Jr a remis la Nasa sur les rails de l'exploration, a fixé un but : Mars, via la Lune. Je pense pas que la Lune soit une étape nécessaire, en tout cas certainement pas une base lunaire en tant que tel, tout au plus un lieu d'essai de matériel spécifiquement développé pour aller sur Mars. Mais dans un cas comme dans l'autre, une fois le but fixé, on peut se poser la question du développement du matériel adéquat pour la mission : une rentrée atmosphérique depuis une trajectoire interplanétaire est autrement plus rapide que depuis l'orbite basse : seule la capsule non récupérable permet la mise en orbite d'un véhicule assez léger au départ pour réserver le gros de la charge utile à...l'utile justement : Ca demande tellement d'énergie d'envoyer quelque chose sur la Lune ou Mars, que dans un premier temps, la seule chose que l'on désire ramener, c'est les équipages et leurs échantillons.

3) Si Hermès a foiré, c'est avant tout je pense pour cause de dérive massique et de non-respect du cahier des charges initiales: d'un véhicule qui devait emmener 6 ou 7 personnes au départ, on est passé à 3, dont 2 pilote (1 seul scientifique "utile" donc), par étapes successives : à la suite de l'accident de challenger, on a décider de donner à l'équipage un moyen de se barrer au décollage et après la phase critique de la rentrée : une capsule éjectable pour tout l'équipage de plusieurs tonnes qui rendait l'ensemble beaucoup trop lourd. Il a donc fallu se rabattre sur les sièges éjectables : vous imaginez, 7 gugusses serrés dans une cockpit grand comme celui d'un 747 qui partent comme des bouchons de champagne ? c'est mieux que le 14 Juillet, ils auraient même pu se donner la main ! Résultat, pour avoir un espacement suffisant, on a réduit l'équipage à deux pilotes et un expérimentateur. De plus, à l'abandon du programme, la navette était encore beaucoup trop lourde pour être lancée par Ariane 5 dans sa version "générique". Ca voudrait dire qu'aujourd'hui en 2004/2005, avec les problèmes de la remise en vol de l'Ariane 5 "10 tonnes" (sur orbite de transfer géostationnaire, une 20aine en orbite basse), on serait à peine en mesure de lancer l'ensemble, à condition d'avoir su maîtriser les masses de l'orbiter. Or ce programme n'a fait que dériver en termes de masses et de coûts. Il était temps d'arrêter les frais. On aurait du démarrer avec une capsule balistique comme l'on fait toutes les nations spatiales à leurs débuts. On aurait même pas eu besoin d'Ariane 5 pour commencer. Mais non, comme Brejnev qui a fait un caprice en voyant Columbia et a exigé sa Bourane, on a considéré que la Navette c'était l'avenir, alors que c'est presque du passé désormais. A 500 millions de dollar le vol pour emmener 7 personnes et leur matériel en une fois (pourquoi d'ailleurs, en 1 fois ?), on pourrait en faire des lancements d'équipages...

3) On a les opinions de son fauteuil : Patrick Baudry a toujours raison sur le moment, mais n'est en fait pas à une contradiction près : chef pilote d'essai du programme, il a dénoncé l'abandon d'Hermès, et aujourd'hui il déclare qu'on aurait du mettre la navette américaine au rencart après l'explosion de Challenger (en 86 donc, soit 6 ou 7 ans avant l'abandon d'Hermès).

4) Je crois qu'il faut prendre le problème du vol spatial en général par 2 bouts, sans opposer hommes et robots, complémentaires en fait, et opérer la jonction en orbite basse :

A) Fixer un objectif ambitieux aux agences nationales et internationales: Mars, l'étudier en quête de signe de vie, déterminer son habitabilité et y établir une colonie le cas échéant, Etudier la Lune de près et s'en servir comme radio-observatoire spatial (sur la face cachée pour faire écran à la pollution radio-électrique de la terre).

B) Faire développer aux industriels les moyens nécessaire à la réalisation de ces objectifs, sans idées préconcues et sans céder à ceux-ci qui ont un biais en faveur de la réalisation de tel ou tel type de technologie, matériel. Ne jamais perdre de vue son cahier des charges.

C) Aider fiscalement et techniquement le secteur privé à développer de véritables avions spatiaux réutilisables en fonction des besoins de mise en orbite de charges, équipage, passagers privés prêts à payer. Le premières versions ne seront que suborbitales et utiliseront des étages supérieurs non récupérables pour la mise en orbite de petits satellites, ou pourront servir d'avions d'affaire, tout est envisageable bi-étages, mono-étage, ce qui est important c'est d'acquérir une expérience opérationnelle de ces systèmes pour les améliorer, pas à pas, exactement comme cela s'est fait dans le transport aérien : il faut laisser la sélection naturelle déterminer le meilleur compromis. Les initiatives publiques en la matière on toujours été des échecs, c'est le fonctionnement style "start-up" qui est requis, et des initiatives comme le "X-prize" portent leurs fruits : L'équipe américaine de Burt Rutan est sur le point de réaliser le premier vol suborbital privé, l'équivalent du vol d'Alan Sheppard avec 0$ publiques. Elon Musk et d'autres fortunes de l'internet investissent dans le spatial aujourd'hui, ce sont ces gens, élevés au StarWars et StarTrek qui feront que l'astronautique de demain sera à l'image de l'aviation civile d'aujourd'hui. La NASA, l'ESA et le CNES en sont incapables, de même qu'EADS, la SNECMA, Boeing ou Lockheed-Martin, prisonniers des mêmes problèmes d'inertie et de gigantisme : ce dont ces acteurs sont capables, c'est de faire de la "big science" et d'explorer le système solaire.

Les outsiders du privé doivent nous amener en orbite basse dans des appareils fiables et simples (rudimentaires peut-être), les poids lourds de l'industrie et de la recherche doivent emmener les plus aptes d'entre-nous au-delà.

Réactions ?
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Messagepar Pegase.tv » 26 Mars 2004, 08:44

...Oh que oui, réaction.
D'abord, Hermès. Je ne suis pas ingénieur (loin q'en faut, je contemple toujours une équation trés élémentaire avec un certain ahurissement), mais je connais l'histoire, et un peu celle de l'aviation.
Dans les années 80, j'avais écrit un bouquin que personne n'a jamais acheté qui s'intitulait "Les fils d'Ariane", chez Plon-plon. J' y racontais, sans trop de sériosité, l'aventure fabuleuse que fut celle des débuts de l'astronautique européenne, menant jusqu'à Ariane premiere mouture. Evidemment, j'explorait là-dedans ce qui était alors baptisé Hermès, et dont se gargarisaient nombre de politiques et industriels. Et Hermès faisait partie d'une superbe trilogie, décidée à Vienne par les ministres de la Recherche européens, comprenant le véhicule (Hermès), le lanceur (Ariane 5), et la destination (Colombus, embryon de station orbitale, "infrastructure orbitale" pour employer les termes d'alors). Je travaillais beaucoup, à l'époque, dans le milieu astro, par exemple en passant par périodes de quinze jours plusieurs mois par an à Houston, pour y couvrir les vols navette. J'étais à l'origine du Festival d'Aviation et d'Astronautique de Méribel, en compagnie de quelques militants de la cause, dont quelques ingénieurs de grand talent et quelques astronautes européens passionnés, et j'avais des relations trés cordiales et fréquentes avec les grands noms d'alors dans le domaine: Hubert Curien, Michel Bignier...
Dans ce bouquin, je me posais des questions sur Hermès: on nous présentait, développé par une industrie ne possédant aucune expérience du vol habité, un projet pesant le poids d'un Phantom du commerce, autour de quinze tonnes, capable de transporter un équipage de six à huit personnes, leurs brosses à dents et un peu plus, les ergols d'alimentation des moteurs de manoeuvre orbitale (qui poussent), les ergols des moteurs de contrôle d'attitude (qui poussent peu mais consomment beaucoup dés qu'on veut faire bouger l'engin sur son orbite), tous les systèmes et sous-systèmes incontournables genre support-vie, bouffe et autres consommables, une capacité extra-véhiculaire comprenant un sas, des scaphandres (au moins deux), de quoi pressuriser/dépressuriser, et évidemment une cellule de planeur avec ailes, train d'atterrissage, avionique...
Sans être ingénieur, je contemplais le canard à cinq pattes, deux ailes et vision infrarouge intégrée dont rêvent tous les zoologistes. Et connaissant bien la navette NASA, pour avoir en particulier passé au moins quarante heures à en piloter un simu, à Houston, par petits bouts, je me demandais comment on pouvait sérieusement penser que l'Europe, qui n'avait alors jamais construit de véhicule spatial habité, pouvait imaginer savoir réaliser l'équivalent quasi parfait d'une navette (moins la soute, c'est vrai, et la capacité cargo, mais quand même) dans un devis de masse aussi léger. Le seul fait que des gens réputés sérieux soient capables de perdre leur temps (rémunéré) à discuter inerminablement de ce projet me posait question, et j'y ai personnellement répondu en concluant que tout cela était du rêve, du délire. Et je me suis éloigné de cette astronautique, devenue une pompe à fric et un refuge pour chercheurs en situations paisibles et fonctionnaires européens professionnels, une "aventure" aux antipodes de ce que j'avais expérimenté à Houston, dans mes débuts de journaliste, lors d'Apollo, avec des moments forts comme lorsque j'avais interviewé von Braun, qui quoique hyperdoué pour la communication, savait promettre des rêves réalisables (voir Saturn 1B, Saturn 5...).
Un autre exemple, que je donnais dans ce livre, de question incompréhensiblement formulée: pour accompagner Hermès et Colombus, on avait prévu un budget de développement d'un scaphandre spatial. Encore une fois, personne en Europe n'avait aucune expérience du domaine, quand la NASA en était à la cinquième génération de scaphandres, entre Mercury et la navette en passant par la Lune... Eux annonçaient un certain prix unitaire (était-ce dans les 150 millions de dollars de l'époque?) pour chaque équipement, et le budget annoncé d'études, R et D, qualification du premier scaphandre européen s'élevait grandement à la moitié, je crois, du coût d'un seul scaphandre opérationnel américain.
Pas sérieux. Et je passerai sur Ariane 5, qu'on voulait d'origine qualifiée vol habité, et on se souvient de ce qui s'est passé ensuite. Je me souviens des essais de la NASA sur les matériels destinés au vol habité, par exemple les 6.000 (six mille) essais au banc du moteur de remontée des LM, à l'issue desquels ils ont estimé qu'on pouvait y aller en vraie grandeur. Chez nous, on considérait que des essais vraie grandeur limités à quelques dizaines permettaient de qualifier un système vol habité.
Pas sérieux.
L'ennui, je crois, c'est qu'en Europe s'était installée une formidable opacité entre les astronautiques et les aéronautiques, et que par manque de culture "classique", se fondant non seulement sur la technique pure mais aussi sur l'étude attentive des évènements historiquement survenus sur des projets équivalents afin d'en tirer profit (pourquoi refaire une connerie qui a déjà été accomplie jusqu'à la lie?), on a laissé des types pourtant brillants s'égarer, et égarer le public, sur la voie de rêves absolus?
Rêver, oui. Mais le passage à l'acte demande, après l'envol de l'esprit, une effroyable quantité de réalisme...
On parlera de la suite plus tard, Berkut... Et merci d'avoir ouvert ce débat, qui me tient à coeur depuis bien longtemps.
BC
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Messagepar alex » 26 Mars 2004, 09:56

Je vous lis avec beaucoup de plaisir Bekrut, votre image des sièges éjectables du 14 juillet est assez amusante, je dois dire. :-)

Mon enthousiasme d'il y a un an (merveille d'internet: faut même pas se rapeller, suffit de consulter l'historique) avec la promesse de monts et merveilles du livre blanc de l'espace européen et le début (l'embryon) de discussion de la revalorisation de la recherche au niveau européen est un peu retombé, je dois dire.

Pourtant, ça avait l'air bien parti, non? L'idée de rapprocher EU et ESA, de mettre en commun des moyens, c'est tout de même le départ de tout. Après tout, les allemands ont commencé à progresser quand les moyens communs aux trois armes ont été rassemblés à peenemunde, comme Eisenhower a donné le kick off des progrès us en adoptant le nasa act.

C'était un bon début, mais là, ça commence à dormir un peu.
alex
 
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Messagepar Berkut » 26 Mars 2004, 15:22

Ca fait plaisir de voir que ça intéresse du monde !

C'est facile a dire maintenant que Rutan est sur le point d'envoyer son "spaceship one" pour un vol suborbital, mais personnellement, j'ai toujours cru dans le X-prize, et je crois que j'étais un des rares dans ce pays. Je traîne souvent mes guêtres quand je peux dans les forums (fora pour montrer que je connais un peu mon latin) et colloques organisés par l'AAAF, et je me souviens d'une après-midi au CNES à Paris sur "le tourisme spatial". Il y avait Jean-Pierre Haigneré, Christian Lardier, le journaliste "espace" d'air & cosmos Christophe Bonnal en charge des "lanceurs futurs" au Cnes et tout un tas de monde compétent pour présenter ses vues sur le sujet. J'y étais surtout par curiosité, je pense en effet que le vol spatial "privé" a un sens, alors que le terme "tourisme" me semble inapproprié dans un premier temps. Mais ça ne déclenchait l'hilarité chez personne. C'était fin 2000/début 2001 je crois me souvenir, et Christian Lardier pensait lui aussi déjà que le vol subobital sur fonds privés était du domaine du plausible. J'ai alors posé la question de savoir si il y avait en France des gens qui s'intéressaient au sujet, constitués en association, au moins une tribune pour y échanger des idées, même si l'argent pose problème, il faut au moins commencer à cogiter. Rien, silence dans la salle.

Les gens qui viennent à ce genre de réunion sont en général intéressés voir très intéressés par le sujet, mais il semble que ce pays a complètement perdu le goût pour la moindre aventure. Le comble, c'est que le X-prize est inspiré des prix pour récompenser les exploits des débuts de l'aviation, dont bon nombre viennent de France ou de français : en particulier le prix Orteig qui a motivé Lindbergh (son petit-fils est au comité directeur du X-prize).
On trouve des équipes américaines, russes, britanniques, Israéliennes, roumaines même, mais pas une équipe française ou franco-quelque chose (allemande par exemple).

Quand on est jeune ingénieur comme moi et qu'on débute, on a envie de faire quelque chose qui vous dépasse, avant de sombrer dans la routine, les remboursements de prêts divers et le calcul d'une hypothétique retraite. J'ai l'impression qu'on est victime de notre succès : on a réussi à fonctionnariser le spatial, et on considère qu'hors Ariane et le CNES (ou l'ESA), rien ne peut se faire. Alors que si on regarde en Grande-Bretagne, les gens de "starchaser industries" fabriquent bel et bien des fusées avec zéro argent publique, leur dernière fait plus de 10 mètres et peut transporter 1 type, en attendant la version qui les emportera à 100 km d'altitude. Le contraste est saisissant : le gouvernement britannique n'a rien à carrer du spatial, de la science ou de la technologie en général, c'est devenu un pays de banquiers, courtiers et avocats, c'est ce qui fait que des gens comme Steve Benett (Starchaser), Colin Pilinger (la papa du malheureux "Beagle 2" perdu sur Mars) savent qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, et c'est là qu'on reconnaît les types qui ont la "niaque".

Ici, comme ça marche plutôt mieux qu'ailleurs, on considère que c'est pas la peine de bouger, de remettre en question quoi que ce soit. Moi avec mon diplôme d'aérodynamicien, mon livret jeune et mon maigre salaire d'ingénieur (ne riez pas, c'est la sous-traitance qui veut ça, un contrôleur SNCF sur TGV est mieux payé paraît-il), je risque pas d'aller bien loin, mais pantoufler ici ou la chez les industriels "sérieux", c'est vraiment une perte de temps et de compétences. Elle est où cette équipe qui passe ses soirées et ses week-ends à bricoler dans un garage ? Aux Etats-unis. Mais encore faut-il pouvoir s'y pointer : "US Citizens Only" depuis le 11 septembre tout ce petit monde vit de la défense pour s'auto-financer "security clearance required"......

Hermès nous a au moins appris des choses, mais ça finira par se perdre si on en fait rien. Dassault avait une proposition pour un véhicule suborbital "Vehra" genre "lifting body" utilisant un moteur à poudre pour satelliser sa charge utile en orbite basse (jusqu'à 500 kg je crois), le tout lancé d'un avion de ligne subsonique, mais pas un flèche pour le faire (c'est une question d'investissement aussi, il na faut pas attendre que tout viennent de l'état). Toujours chez les britanniques, il y a une société "SSTL", excroissance d'une université (Surrey), spécialisée dans les petits satellites jusqu'à 500 kg justement, ce qui a permis à un certain nombre de nations fauchées de lancer leurs premiers satellites, soit en passagers supplémentaires de lanceurs lourds, soit en utilisant d'anciens missiles balistiques russes. Moi les gros trucs j'aime pas trop, je préfère penser minimaliste, il y a tout un tas de choses qu'on peut faire avec des petits engins dédiés, plutôt que des usines à gaz à tout faire. Mais là encore, ça n'intéresse pas les industriels "sérieux" : Alcatel ou astrium s'abaisseraient pas à faire un truc de moins d'une tonne ou deux : résultat, environ 5 satellites à lancer par an et des armées de gens sans travail pour la perte d'un seul contrat au profit de Hughes, Lockheed etc... Mais voila, ce marché des petits contre les gros ne peut se développer faute de lanceur. Les Italiens ont réussi à faire passer en force à l'ESA le "Vega" à poudre, qui sera de toutes façons beaucoup trop cher pour cette classe de satellites. Ca servira en fait de super-booster à une futur Ariane-X probablement. On peut construire un lanceur réutilisable suborbital pour satelliser 500 kg avec des pièces sur ETAGERES : les concepteurs de fusées, qui ne sont que des missiles, sont obsédés par la performance : toujours plus de puissance pour toujours plus de masse en orbite avec des marges de sécurité et de tolérances infimes, alors que le même genre de conception de moteur, mais que l'on ferait tourner à 80% de sa puissance nominale au lieu de 110% (oui oui, 110%) verrait sa fiabilité augmenter et rendrait sa réutilisation possible (je simplifie, mais c'est l'idée). Ce ne sont pas les techniques issues de l'artillerie intercontinentale qui nous permettront de devenir une espèce multi-planétaire, c'est en s'inspirant des pratiques de l'aviation : la clef de la fiabilité du système, c'est d'avoir un véhicule que l'on puisse tester de manière incrémentale dans son ensemble (pas juste ses sous-systèmes), comme les avions "X" américains ou les protos de l'après guerre : des sauts de puce, des vols planés, des bonds de plus en plus hauts et vite, ouvrir le domaine de vol de manière progressive, ce qui est impossible a faire avec un lanceur non réutilisable dont l'unique vol est aussi le vol de réception (sinon d'essai lorsque c'est le premier). La conception même de la navette spatiale interdisait cette approche du fait du lancement vertical :

Il faut un véritable avion porteur certifié JAR/FAR25 (ou 23 pour un petit, pourquoi pas ?), qui puisse s'insérer dans le trafic aérien sans problème et opérer depuis l'Europe continentale (n'en déplaise aux notables guyanais) ,juste un avion de ligne subsonique reconverti au départ (Airbus, Antonov..), peut-être un supersonique par la suite (moins difficile à faire que Concorde même, puisqu'on lui demanderait pas d'aller bien loin, et de ne faire que des pointes de vitesses pour larguer l'étage-fusée alors que Concorde devait maintenir le rythme, ce qui fait de ses moteurs des chef d’œuvre).

Sur ce porteur, un orbiteur ou "sub-orbiteur" avec des marges de sécurité moindres, mais qu'on ne pousse pas à bout à chaque vol.

Tout ça n'est pas nouveau, c'est le concept du "TSTO" Two Stages To Orbit par opposition au SSTO : single stage to orbit, irréalisable dans l'immédiat.
Les Allemands avaient proposés le "Sänger", une équipe qui participe au X-prize "Bristol Spaceplanes" avait étudié un projet similaire pour l'ESA, l'aérospatiale aussi avait dans ses cartons le STS-2000 (l'an 2000, souvenez-vous, c'était hier), Dassault le STAR-H qui devait propulser Hermes après Ariane (rires), qui tablaient sur des avions porteurs beaucoup trop ambitieux dans un premier temps. Les russes proposaient le "MAKS" lancé du dos d'un Antonov-225, plus réaliste, et enfin le plus modeste à ma connaissance, mais le plus efficace et réaliste, le VEHRA expérimental évoqué plus haut, lancé du dos de l'Airbus Zéro-G du Cnes.

On pourrait continuer pendant des heures, ce ne sont pas les idées qui manque dans la rubrique "variation sur un thème", la propulsion par stato-réacteurs (qui ne date pas d'hier non plus), mach 4 ou 5 pendant une brève période à portée sans gros effort (au-dela c'est une autre histoire), le ravitaillement en vol en ergols pour réduire la taille du véhicule au décollage et éventuellement se passer d'avion porteur etc (Voir "Pioneer Rocketplane" et son ancêtre conceptuel "Black Horse")....

En tous cas, il faut boycotter les présentations powerpoint, les vues d'artistes et la langue de bois, les "hôtels spatiaux" et "vacances sur la lune", l'espace c'est pas un truc propre à la "2001" (qui ne sera jamais une année propre d'ailleurs), c'est les mains pleine de cambouis et de pognon qu'on pourra y aller les uns les autres. C'est là qu'on se sent tout petit....

Amitiés à Tous
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Messagepar surf&fly€;-) » 30 Mars 2004, 18:07

:( Sujet passionnant!
A la fois un peu rassurant de voir votre motivation, mais surtout TRES inquiétant au vu du constat que vous faites :evil: .
Je n'ai aucune compétences dans le domaine mais ce que vous dites à l'air particulièrement sensé, et on s'énerve à imaginer tout le temps et l'argent gaspillé en pure perte! Dans ces cas là,(et ce n'est vraiment pas ce que je pense en général) on peut dire que la recherche( quand elle est mal organisée), englouti des sommes indécentes d'argent -notre argent- qui par ailleur(dans d'autres domaines de recherche, même) fait défaut.
Je me demande ce qu'une personne au chômage ou ayant des difficultées financières et ne comprenant pas bien les enjeux de la recherche en général (ce qui est le cas, j'en suis sûr, de plusieurs personnes de mon(-notre-) entourage plus ou moins proche), pourrait penser en voyant des sommes qui nous dépassent(à partir de 6 zéros, j'ai du mal à m'imaginer)
jetées par les fenêtres par manque de sérieux, et ce de la part de gens formés et payés pour être sérieux! :evil:

Désolé, c'est peut-être un peu confus mais je suis préssé alors pas de relecture... :wink: je pense que le sens général sera passé!! :?:

A bientôt

J.E LFBZ
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Messagepar Mermoz » 21 Avr 2005, 18:14

Regardez-moi ce cockpit ! Et tous les ordinateurs sont gérés par des vieux processeurs intel 486, que la NASA rachète à prix d'or à n'importe qui, afin de ne pas avoir à changer tout le système informatique de la navette !



http://images.google.com/imgres?imgurl= ... sr&start=2
Mermoz
 

quel cadeau, mes amis...

Messagepar Xavier de Pramont » 21 Avr 2005, 19:32

Quelle merveilleuse façon de relancer ce sujet...
Vraiment merci du fond du coeur....
Allez, je ne résiste pas
Image
On s'y croirait...
Xavier de Pramont
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la question qui "va avec"...

Messagepar Xavier de Pramont » 21 Avr 2005, 19:35

Qui connaît le meilleur add-on d'un flight simulator ou xplane pour commencer à rentrer là-dedans de manière raisonnable...
Qui a testé le simulateur "orbiter" du chercheur britannique de Londres ?
(Je cherche le lien)
En attendant de revenir aux simu hydro, promis
Xavier de Pramont
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ORBITER

Messagepar Mermoz » 21 Avr 2005, 20:09

Salut !

J'ai trouvé un site consacré à Orbiter à cette adresse
http://www.medphys.ucl.ac.uk/%7Emartins ... orbit.html



Maintenant, j'ai fait beaucoup mieux, j'ai trouvé un lien pour le télécharger ! (eh oui c'est gratuit !).

http://www.medphys.ucl.ac.uk/%7Emartins ... nload.html

Je le teste et je vous tiens au courant !
Mermoz
 

Messagepar Mermoz » 22 Avr 2005, 11:56

J'ai testé Orbiter.

Je dois dire que c'est bel et bien de la simulation pure et dure, avec une interface assez austère (les informations sur le vol se résument souvent à des tablaux de chiffres !). La prise en main du logiciel se révèle assez facile (bien peaufiner ses réglages et joystick obligatoire). Pour ce qui est des graphismes c'est du bon travail vu la taille du logiciel (total: 150mo).
Je vous recommande de télécharger les patchs qui ont été mis en ligne (ajout de textures etc...).

NB: Il n'y a pas de son !

JEAN.
Mermoz
 

Messagepar Echo Romeo » 01 Mai 2005, 09:37

Pas encore testé "Orbiter"...

En revanche, je viens de tomber sur l'émission du dimanche 24 avril d'Alain Cirou sur Europe 1.

http://www.europe1.fr/comprendre/refere ... &periode=1

Il y est question de l'avenir du vol habité aux USA à l'occasion de la remise en service du Shuttle.

Cette analyse, menée en compagnie de Jean François Clervoy, met en évidence l'apparente contradiction, tant budgétaire que fonctionnelle, entre la remise en piste des navettes pour un dernier tour de piste (SSI) et les ambitions lunaires puis martiennes de la NASA à moyen terme.
L'achèvement de l'ISS compte tenu des retards accumulés reste-t-il le meilleur tremplin vers la reprise de l'exploration spatiale en vol habité ?

Le débat n'est pas prêt d'être cloturé !
Echo Romeo
 
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Messagepar Mermoz » 01 Mai 2005, 18:30

Salut Echo Romeo,

Qu'est-ce que c'est que ce Shuttle ? (peut-être est-ce une question stupide, mais je ne sais vraiment pas de quoi il s'agit...)

A ++


JEAN.
Mermoz
 

Messagepar Echo Romeo » 01 Mai 2005, 21:01

Comme le rappelle bien à propos Jeff dans un autre sujet, j'aurais bien dû écrire "navette spatiale". Je te rassures, Mermoz, Eurotunnel n'a pas encore décidé de lancer "Le Shuttle" (marque déposée) sur les rails de l'espace...

Quoique, un train pour l'orbite géostationnaire... Ca s'appelle l'ascenceur spatial, et des visionnaires en rêvent depuis plus de trente ans !

Sujet abordé dans ce merveilleux forum il y a près d'un an : http://forum.pegase.tv/viewtopic.php?p= ... atail#7463

Bonne semaine !
Echo Romeo
 
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orbiter, en attendant mieux...

Messagepar Xavier de Pramont » 03 Mai 2005, 22:13

Je me lance à peine à l'instant dans Orbiter. Je suis sûr que j'aurai besoin d'un bon briefing un de ces quatre... Merci d'avance.
Merci de le "tester" pour nous, les gars...
Xavier de Pramont
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Messagepar Mermoz » 04 Mai 2005, 20:09

Alors, satisfait ? ;)
Mermoz
 

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