Numéro Onze...

Numéro Onze...

Messagepar Pegase.tv » 14 Mars 2004, 19:05

...Bon, comme nous sommes pressés par le temps (il nous faut avoir mis en boîte le second coffret DVD pour le meeting de la Pentecôte à La Ferté-Alais), que je vous dise que ces temps-ci les nuits sont brèves et les journées trés denses sur les bancs de montage du magazine. Eve, Fred, moi-même et Antoine, qui s'y est collé après un stage accéléré sur le système de montage numérique que nous utilisons, venons de terminer la partie image du numéro Onze, qui vous racontera sur Pegasus la partie "légende épique" de l'aventure de l'Atlantique Nord, de 1919 (avec Read, Alcock et Brown...) jusqu'à la traversée solo d'Amelia, avec de superbes archives ramenées du Smithsonian de Washington, et des images tournées au NASM, à New York, en vol sur 777.
Sur Circuit, et c'est un grand bonheur, vous aurez l'histoire de la renaissance de Jojo, aux Marquises, en hommage à Jacques Brel du Ciel, l'aviateur des îles (il y avait plein de gens, là-bas, qui ne savaient rien de lui si ce n'est qu'il était le pilote d'un petit bimoteur, et un homme généreux malgré sa maladie, toujours prêt à s'envoler pour rendre service). Jojo, c'était le surnom de son Twin Bonanza, récupéré par les Marquises, oublié en plein air, au bord de la désintégration corrosive, et finalement sauvé, remis beau comme un Beech neuf, par une petit groupe de grands compagnons de Dassault, habités de l'esprit de Brel, qui ont sur leurs vacances et leur désir farouche de rendre hommage à Brel, reconstruit Jojo en deux gros mois de travail acharné. Il faut le voir pour le croire, et en visionnant ce document monté, on a tous la gorge qui se serre. T'es pas tout seul, Jacques, sous le ciel des Marquises...
On fait le son et le mixage d'ici une dizaine de jours, pour une mise en ligne fin Mars...
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Messagepar nacem » 14 Mars 2004, 21:35

Que du bonheur en perspective, comme d'habitude... Merci d'avance à la fine équipe de Pégase.Tv :wink:
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Messagepar surf&fly€;-) » 15 Mars 2004, 18:57

:D Chouette!!! J'ai commandé il y a peu le DVD1 et je l'ai reçu la semaine dernière... je me suis régalé ce weekend, découvrant petit à petit les magnifiques reportages, les savourant, même(je n'en ai encore vu que trois: j'économise en attendant le 2ème DVD!! :wink: )
Dans ces docus, on voit vraiment que vous avez pris le temps de faire quelquechose de bien. Ce n'est pas un survol -si j'ose dire- d'une large période, présentant de nombreux appareils comme souvent à la télé où les docus sont trop "généralistes" mais au contraire un vrai approfondissement du sujet(ex:le mirage IV).
L'image, les commentaires, et la musique biensûr... c'est MAGNIFIQUE!
Je n'ai pas suivi Pégase,(l'émission) :oops: et je ne téléchargeais pas les reportages :oops: (car pas internet chez moi, seulement à la fac) et je le regrette mais une partie du retard est enfin rattrappée... :wink:
Enfin, vivement fin Mars et sur ce, je repars bosser :cry: malgré le super beau temps :evil: :evil: :cry: :(
J.E LFBZ
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Messagepar Franck66 » 15 Mars 2004, 22:19

j'ai le doigt sur le souris en attente de lancer le prochain telechargement :)

Un ami suisse m'a indiqué qu'il y avait un deuxième épisode 'Fusion' toujours du même auteur. Est t'il prévu de l'associer une nouvelle fois à Pégase.tv ?
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Messagepar Echo Romeo » 15 Mars 2004, 23:02

En attendant un éventuel Circuit avec Fusion II, je pense qu'il est possible de le visionner au MAE du Bourget.

Lors de ma dernière visite, mi-2003, il y avait dans l'un des halls une petite salle de projection avec au menu les 2 Fusion (sélection par bouton poussoirs).

Seulement, la qualité des bandes était EXECRABLE, et cela a véritablement gaché mon plaisir. Espérons que le musée aura remédié à cela...

Pour l'avoir visité à plusieurs reprises, le MAE me laisse une curieuse impression. Sa collection est tout bonnement exceptionnelle, et diffère de ce que l'on trouve ailleurs (Smithsonian, Boeing à Seattle...)
La première moitié du XXe siècle y est admirablement représentée, ainsi que les années 50-60, véritable adolescence du jet de chasse.
Rien que pour les "tuyères Leduc", qui mériteraient bien un reportage Pégasien, ou pour les Mystères, Mirages et autres créations tricolores, sa visite reste un must.

Cependant, en dépit d'efforts récents (hall Concorde, 747 désossé), il semble que ce musée manque cruellement de moyens. A la limite, son entassement d'aéronefs dans l'ancienne aérogare évoque plutot un conservatoire. Et a chacune de mes visites, je n'ai croisé que quelques rares "pélerins".

Et que dire du KC-97 Stratotanker du Missouri ANG ou du Thunderchief, qui semblent avoir disparus...

Certes la France n'est pas intéressée par son passé aéronautique, mais comme il s'agit du "royaume des subventions", on aurait pu s'attendre, faute de fréquentation ou de mécènes, à une prise en main du secteur public.

ER
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Messagepar Pegase.tv » 16 Mars 2004, 10:08

...Pour info, je crois que le Musée de l'Air, devenu depuis que Marc Alban en a pris la direction voici deux ans un musée tourné vers le public, a beaucoup souffert du fait que pendant trop longtemps il était "commandé" et non dirigé, c'est à dire géré (et finalement trés bien, vu la qualité des collections qui sont la base authentique de tout musée...) militairement, son organisme de tutelle étant l'armée de l'air.
Puis les choses ont évolué, lentement, mais pour avoir récemment assisté à une réunion de travail au Ministère de la Culture, réunion consacrée à un projet français de petit Duxford, je suis aujourd'hui très pessimiste quand aux chances de voir évoluer chez nous la conception que sont font les administrations qui nous dirigent de cette culture aéronautique.
Nous vivons toujours écartelés entre les classiques et les modernes, et tout ce qui touche à l'aviation est automatiquement classé, sans même prendre le temps de la discussion, dans le patrimoine technique. Alors que celui qui a un tant soit peu pratiqué cette culture sait qu'elle est, par-dessus tout, une culture de l'humain. La technique n'est que cela: une panoplie d'outils qui, réunis, donnent à des hommes la capacité à être plus humains, pour le meilleur ou pour le pire, par amplification de leurs possibilités. Hiroshima, ou la possibilité pour n'importe qui de voyager aux antipodes pour un coût des plus raisonnables (c'est toujours trop cher. Mais ressuscitez Louis XIV, et proposez-lui une place en éco sur un 747 pour aller passer une semaine aux Antilles ou à Tahiti, et aller parler business à Tokyo... Vous verrez sa tête éberluée), tout cela passe évidemment par la technique, mais c'est au final pour servir les désirs des hommes que cela a été inventé.
Et les fonctionnaires en charge de notre Culture, qui savent tout mieux que nous sur ce sujet, ont décidé une fois pour toutes que l'aviation et l'espace étaient du ressort des "modernes", donc des techniciens. alors que rien n'est plus fondé sur le romantisme que ces histoires d'hommes qui se prennent pour des oiseaux, et le deviennent.
Donc, le MAE souffre de cela, et traîne les casseroles de décennies de gestion militaire. Et on n'inverse pas la tendance aussi rapidement qu'on pourrait le rêver.
Le MAE est inscrit pour des subventions considérables, devant conduire à une remise au clair de tout son concept. Le maire actuel du Bourget pousse comme un forcené pour que ce musée devienne l'équivalent parisien du NASM de Washington (qui, le saviez-vous, est le musée le plus visité du monde, devant le Louvre, le British Museum, le Met de NY, et tous les grands musées d'art de la planète...), des groupes de pression existent et militent pour le même objectif. Mais encore une fois, c'est lourd... Pour infléchir un scénario, c'est envisageable.
Mais pour changer une mentalité, une conception arbirtraire de ce qui est une culture face à ce qui ne l'est pas, c'est du domaine de l'impossible. Nous avons tenu la semaine dernière à Toulouse l'AG de la Ligue de Aéronefs de Collection. C'était évidemment technique, avec pas mal de positif, mais j'en suis ressorti avec la tranquille certitude d'assister à une évaporation inéluctable de notre patrimoine aéronautique. La plupart des avions majeurs inscrits au registre français sont en train d'être vendus, la plupart partant vers d'autres pays, et je ne prendrai qu'un exemple pour résumer la situation: il y a en Angleterre près de 25 Spitfire en état de vol, et zéro en France, alors que des milliers de ces avions ont fait la guerre au-dessus de chez nous, participant activement à la libération du pays, et que des centaines de jeunes gens de nationalité française ont fait eux aussi ce qu'ils percevaient comme leur devoir à bord de ces mêmes avions, beaucoup y laissant leur peau.
Et pendant que l'Angleterre constitue, petit à petit, un trésor historique aéronautique superbe, nous continuons, nous les collectionneurs français, alors que déjà certains jettent l'éponge, d'être en bataille contre des manoeuvres juridiques qui n'ont pas cessé depuis plus d'un an et qui tendent à faire éliminer les avions ex-militaires des collections françaises, sous prétexte que nous serions infiltrés par des terroristes potentiels désireux d'utiliser ces machines pour l'apocalypse. Ca fait longtemps que les spécialistes savent, voir Madrid, qu'il vaudrait mieux travailler sur les trains et les véhicules banalisés capables d'emporter une demi-tonne d'explosif jusqu'en centre ville, plutôt que d'emmerder des citoyens généralement trés... citoyens, justement, qui n'ont comme autre motivation que celle de préserver une histoire pas honteuse.
Le MAE, d'une certaine façon, reflète parfaitement cet état paradoxal de notre culture aérospatiale: à la fois d'une richesse extraordinaire, voire inégalée, mais plombée par le mépris d'apparatchiks dignes des riches heures d'un régime soviétique tellement aveuglé des reflets bondissants à l'intérieur de sa tour d'ivoire qu'il ne pouvait même plus, par la fenêtre, regarder la vérité du monde extérieur...
C'est dommage, mais pour ma part je deviendrai sans doute bientôt, comme quelques autres et avec plaisir, un authentique européen, intégrant évidemment la culture française, mais basé en Grande-Bretagne. Car pour ma part, je ne me sens plus accepté par le système français, qui cherche à me culpabiliser et me cherche trop de poux dans une tête régulièrement lavée, alors que le système britannique me tend les bras, et cela courtoisement...
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Messagepar nord2000 » 16 Mars 2004, 12:24

Pour faire un parallèle avec nos voisins grand-bretons, on a la politique culturelle des élus pour qui on a voté. Et pour être un habitué du MAE, je peux dire que s'il y a un musée où l'on ne risque pas d'être dérangé par la foule, c'est bien celui-là!
Alors, la faute à qui? A nos gouvernants qui pêchent par ignorance de la réalité du patrimoine? Oui, sans doute, mais tout le monde sait que la machine d'état ne bouge que par réaction (manif, grèves, lobbying en tous genres...etc) mais beaucoup plus rarement de son propre chef. La réalité est que la grande majorité des habitants de ce beau pays qui est le nôtre ne cultive qu'assez peu sa mémoire et le patrimoine qui y est attaché. Et ça n'est pas vrai que des choses de l'air. Là où nos voisins d'outre-Manche ont préservé, mis à l'abri, reconstruits et entretiennent une flotte invraisemblable de bateaux historiques, la France a tardivement pris conscience de la réalité d'un patrimoine qui a disparu, été vendu à l'étranger ou a disparu dans des vasières oubliées...
Là où les collectionneurs d'avions anciens ou de véhicules automobiles un peu rares passent pour de fortunés originaux qui ne méritent pas qu'on leur facilite la vie, leurs homologues de l'autre côté de la Manche bénéficient d'un cadre général favorable qui doit à la règlementation, bien sûr, mais aussi à un contexte collectif bien plus favorable où l'habitant "moyen", même non averti des choses de l'air, de la marine ou de l'automobile, saura instinctivement qu'il a devant lui un morceau d'histoire et non un bipède exploiteur dont les moyens, forcément indécents, ont été acquis par des voies inavouables...
Toute la différence est là, les anglais voient le patrimoine et l'intérêt (évident) de le préserver pour le montrer, les français ne voient que l'individu et l'initiative personnelle qui, parce qu'ils ne la partagent pas, est forcément suspecte.
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Messagepar Chèze » 16 Mars 2004, 22:50

La plupart des avions majeurs inscrits au registre français sont en train d'être vendus, la plupart partant vers d'autres pays

J'ai un peu de mal à cerner le problème...
Pourquoi les avions de collections sont-ils vendus un peu partout?
C'est un problème d'argent? Ces avions coûtent trop cher à cause des assurances et du reste?

Et pendant que l'Angleterre constitue, petit à petit, un trésor historique aéronautique superbe, nous continuons, nous les collectionneurs français, alors que déjà certains jettent l'éponge, d'être en bataille contre des manoeuvres juridiques qui n'ont pas cessé depuis plus d'un an et qui tendent à faire éliminer les avions ex-militaires des collections françaises, sous prétexte que nous serions infiltrés par des terroristes potentiels désireux d'utiliser ces machines pour l'apocalypse.

Ou alors c'est un problème avec un état qui a tendance à parfois trop mettre en avant des menaces d'attentats plus ou moins sérieuses, et à prendre des mesures de sécurité quelquefois un peu exagérées?
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Messagepar CrB » 17 Mars 2004, 19:51

Je pense que les français sont complexés (bien évidemment à tort) par leur aviation depuis la débâcle de la Guerre de 40 (où, toutes choses mises à plat, ils n'ont guère démérité face à un rapport de force ingérable), et que si les Anglais et les Américains y sont beaucoup plus attachés, c'est une question d'éducation, et de fierté aussi.

Il est vrai que si la RAF n'avait pas existé et n'avait pas été aussi talentueuse, nos voisins anglais parleraient peut-être aujourd'hui allemand.

Cette fierté, je pense, doit être relayée par les manuels scolaires des petits anglais. Et pourtant, quels sont les petits français d'aujourd'hui qui savent que parmi les pilotes de la RAF se battaient avec tout autant de valeur des pilotes rançais des FFL? Pourquoi le nom de Pierre Clostermann n'apparait-il pas plus souvent dans les cours d'Histoire, au même titre que celui de Jean Moulin?
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Messagepar Chèze » 17 Mars 2004, 22:58

Et pourtant, quels sont les petits français d'aujourd'hui qui savent que parmi les pilotes de la RAF se battaient avec tout autant de valeur des pilotes rançais des FFL?

Il y en a peu évidement...
Mais le problème (j'ai pu le remarquer l'année dernière lorsque j'étais en 3e) c'est que ce qu'on trouve dans les livres d'histoire n'est qu'un condensé de la seconde guerre mondiale. On ne faisait que "survoler" le sujet (à mon avis). Je me suis parfois d'ailleurs retrouvé dans des situations où j'en savais plus que ma prof d'histoire!
Et quand nous avons parlé de la bataille d'Angleterre, on n'est jamais rentré dans les détails...
On nous a dit que les avions allemands bombardaient Londres et que les Anglais se battaient avec moins d'avions que les Allemands, mais qu'ils ont fini par repousser l'attaque Allemande.
Nous avons du passer 15 minutes de cours sur toute la bataille d'Angleterre.
En revanche, on a bien du faire 3 heures de cours sur les camps de concentration. C'est aussi un des grands points important de la guerre, mais si les Anglais n'avaient pas gagné cette bataille? Il n'y aurait pas eu de débarquement. Les Américains entre autres n'aurait peut-être pas eu un an de plus pour se préparer car ils SAVAIENT qu'ils allaient de toutes manière entrer dans cette guerre...Alors ils se seraient sans doute alliés avec les Soviétiques pour faire un front principal, ou alors ils seraient passés par l'Afrique du Nord. Ou même les deux...
Encore une fois : sans l'Angleterre, qui aurait permis de coordonner et d'organiser massivement la résistance?
La guerre aurait sans doute possible duré plus longtemps...
Et peut-être même que Hiroshima et Nagasaki n'auraient pas été les deux seules villes de l'histoire à avoir été frappées par l'arme atomique.

Tout ça pour dire que "survoler" une bataille aussi importante que la bataille d'Angleterre comme on l'a fait, alors que cette bataille a permis de reprendre peu à peu le dessus, c'est vraiment pas sérieux. C'est donc seulement une bataille "vue du dessus" qu'on a étudié.
Mais, je ne le mets plus entre parenthèses cette fois, ça n'est que mon avis...
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Messagepar Pegase.tv » 19 Mars 2004, 17:49

...Ne pas chercher trop loin des explications trop compliquées au fait que notre parc d'avions historiques, comparé à celui des anglais, soit d'une part bien plus pauvre, et d'autre part en voie d'appauvrissement. C'est avant tout une affaire d'environnement administratif et financier.
Je prends un exemple: en Angleterre, un Dragon Rapide est considéré, malgré son âge, comme un avion normal, titulaire d'un certificat de navigabilité datant certes d'avant-guerre, mais toujours reconnu. Dés lors que l'administration britannique, composée de fonctionnaires pragmatiques (et souvent passionnés et cultivés), leur reconnaît par le biais des inspections périodiques une qualité technique raisonnable, ces avions sont exploitables par exemple pour des baptêmes de l'air. Donc, ils gagnent leur vie, et même si personne n'a jamais fait fortune avec un Dragon même Rapide, les frais fixes sont au moins partiellement couverts.
Prenons un avion du même genre, le Lockheed 12 français Lima deux fois, seul du genre en Europe. Classé ici avion de collection, il est interdit d'emporter des passagers à son bord, a fortiori des passagers payants. Donc, c'est un avion qui ne peut générer de revenus permettant de compenser ses coûts, hormis les participations à des meetings aériens, rares et jamais trés rentables (200 litres/heure, à 1,4 euro le litre...). J'ai calculé qu'avec une exploitation à l'anglaise, on pourrait faire voler par exemple 200 passagers/an, à 100 euros le passager pour un vol d'une demi-heure. Cela permettrait de couvrir l'assurance, plus les frais opérationnels nous permettant de suffisamment voler pour au moins conserver un entraînement raisonnable sur cette machine pas toujours facile.
Ce n'est pas le cas, et ce sera impossible. Donc? Donc, on peut par exemple imaginer baser cet avion en Angleterre, l'immatriculer là-bas, et l'exploiter comme le sont les Dragon, l'avion récupérant son certificat de navigabilité et les prérogatives qui en découlent, car la CAA britannique reconnaît le CDN américain d'origine délivré par l'ancêtre de la FAA américaine, ce que ne fait pas notre DGAC.
Voilà un exemple précis.
Et on peut se demander ce qui adviendra, dans quelques années, du B 17 de FTV, le seul du genre basé en Europe, lorsque l'équipe qui s'en occupe aujourd'hui aura atteint sa limite d'âge. Il n'y a simplement pas de véritable relève organisée, les jeunes pilotes et mécaniciens capables en France de prendre en compte ce monument n'existant pas: ce n'est pas qu'il manque de désir ou de motivation, c'est plutôt qu'il manque de gens d'expérience sur ce genre de machine. On peut être un excellent pilote de Mirage 2000 ou d'Airbus, cela ne sert à pratiquement rien si on veut aborder un B 17... Notre système nous mène, d'une certaine façon, dans une impasse en matière d'aviation historique "lourde". Certes, les machines légères seront préservées, heureusement, exigeant moins d'argent. Mais nous n'avons pas su, ou pas pu à cause de cet environnement trop complexe et trop coûteux (ruineux...), éduquer suffisamment de jeunes compétents comme l'ont fait les anglais.
Mais ça n'est pas propre à l'aviation: regardez le nombre de bateaux classiques, voiliers ou non, voguant sur les eaux anglaises, ou le nombre de voitures d'autrefois refaites plus belles que neuves qui roulent sur leurs routes. C'est aussi une question de mentalité.
Je vous rappelle que bientôt une trentaine de Spitfire seront immatriculés sur le registre anglais. Il n'y en a pas un seul en France, où la population totale de warbirds, T 6 exclus, se monte tout au plus à une grosse dizaine de machines.
Dans ce domaine, nous sommes des nains.
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Messagepar Aile » 19 Mars 2004, 18:59

Martine Kempf : ce nom ne dit peut être rien à beaucoup de personne, pourtant il est l'illustration de ce que la France a "réussi" de mieux en matière de perte "d'intelligence". Il y une 20aine d'années environ, cette jeune ingénieur avait mis au point l'un des tous premiers, si ce n'est le premier logiciel de reconnaissance vocale, car son père handicapé et travaillant à l'adaptation de voiture pour handicapés, voulait permettre à des personnes ayant perdu l'usage de leurs bras, de pouvoir conduire vocalement une voiture.

Bien sûr ce n'était alors que le balbutiement de cette reconnaissance vocale, mais malgré des débuts prometteurs la France n'a pas voulu soutenir le projet.

M. Kempf est donc partie aux USA où elle a trouvé tout ce qui lui fallait pour développer son projet. Aujourd'hui, quelques 20 années plus tard, la robotique médicale (mais aussi informatique, automobile et j'en passe) assistée par reconnaissance vocale fait des progrés considérable chaque jour, mais le marché se développe aux USA : devinez pourquoi ?

Alors si on n'est même pas capable de soutenir l'avenir du pays, pourquoi soutiendrait on un passé, qui me donne parfois le sentiment d'être jugé comme plus encombrant que plein des souvenirs et des enseignements qui devraient nous pousser à le préserver.

Maintenant comme vous le dites, je pense aussi que c'est une question de mentalité : il n'y a cas voir le peu de respect et de considérations que l'on accorde à nos "anciens", par rapport à d'autres pays et pourtant ce sont des humains et non des machines...

C'est ainsi qu'imperceptiblement, on voit partir, pour différentes raisons et différentes destinations, des personnes de compétences et de qualités, qui oeuvrent dans des domaines ayant tous leur importance historique ou future, mais plus encore humaine et je dois bien avouer que lorsque je vous lis, parfois j'ai le sentiment que vous êtes déjà, quelque part en vous, en partance pour des horizons plus accueillants, comme vous le dites... mais qui pourrait vous en blamer... :cry:
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Messagepar nord2000 » 19 Mars 2004, 19:36

Pegase.tv a écrit:...Regardez le nombre de bateaux classiques, voiliers ou non, voguant sur les eaux anglaises, ou le nombre de voitures d'autrefois refaites plus belles que neuves qui roulent sur leurs routes. C'est aussi une question de mentalité...
BC


On peut se demander dans quelle mesure si ce n'est pas d'abord et avant tout une question de mentalité. L'exemple des voitures anciennes est significatif. Contrairement aux avions anciens, même de puissance modeste, les voitures anciennes ne demandent pas de moyens conséquents et un simple permis de conduire suffit (on parle ici de véhicules courant, pas de 250 GTO ou de Bugatti 35).
Il n'est que de traverser la Manche n'importe quel week-end de l'année, même en plein hiver, pour croiser un nombre invraisemblable de véhicules anciens de tous types. Et les manifestations, concentrations et rallyes se comptent par centaines.
Et pourtant, la règlementation britannique en ce qui concerne les voitures est plus contraignante que chez nous, le carburant y est plus cher et le MoT (contrôle technique) est à repasser tous les ans.
En France, c'est loin d'être le cas et les voitures anciennes ne se croisent pas si souvent. Et pourtant, depuis peu, il est vrai que la règlementation routière est devenue tellement répressive, qu'elle a poussé pas mal d'amateurs à se tourner vers l'automobile ancienne, moyen pour eux de continuer à pratiquer leur activité sans pour autant risquer leurs permis (il n'y a jamais eu autant de monde à Rétromobile que cette année).
On a quand même le sentiment que c'est la 'pression' de la pratique par une majorité d'utilisateurs qui finit par faire bouger les choses...
Aller plaider la cause d'une activité pratiquée par une minorité auprès d'un ministère de tutelle n'a aucune chance de retenir l'attention. Ce sont des initiatives individuelles qui, mises bout à bout, finisssent par faire avancer les choses. Il est certain qu'en ce qui nous concerne, il y a encore du boulot.
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Messagepar FlyAway » 19 Mars 2004, 23:50

Concernant le respect et le maintien en état de vol du patrimoine aéronautique en Europe, on peut affirmer qu'il y a d'un côté les continentaux et de l'autre les Anglais. Car, sur notre continent, presque tout le monde est logé à la même enseigne! En ce qui concerne les seuls chasseurs de la IIème guerre mondiale en état de vol, la France en compte 7, l'Allemagne et la Suisse 3, les Pays-Bas 2, l'Autriche, l'Italie, la Norvège et la Belgique 1, soit au total pour l'Europe continentale 19 appareils. La Grande-Bretagne, à elle seule, en possède 44, dont 20 Spitfire! On constate que, finalement et par rapport aux autres continentaux, la France est plutôt bien lotie avec 3 Corsair, 2 Mustang, 1 Bearcat et 1 Yak-3. (J'ignore volontairement les Skyraiders qui ne sont pas des chasseurs)

Je pense que les Anglais sont plus enclins que les autres à conserver et entretenir leur patrimoine aéronautique pour la simple et bonne raison qu'ils sont restés parfaitement conscients que c'est grâce à lui qu'ils ont pu empêcher l'Allemagne nazie de fouler leur sol en 1940. Etre Anglais, c'est être imbibé d'une mentalité, d'un état d'esprit uniques qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Comme si cet étroit Chanel qui les sépare des continentaux les avait empêchés d'évoluer comme eux... Cet esprit-là, dont Churchill était un exemple à mon sens parfait, les a aidés dans leur détermination à faire face, il y 60 ans et plus et elle les aide aujourd'hui à ne pas oublier les outils (par avions interposés) dont ils se sont servis pour obtenir la victoire. Les Anglais, et c'est tout à leur honneur, sont comme les éléphants: ils n'oublient tout simplement pas...
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Messagepar nord2000 » 20 Mars 2004, 00:57

Les anglais cultivent le souvenir et le patrimoine, c'est certain. Mais il y a autre chose, une sorte de curiosité collective d'une population pour l'industrie, la mécanique sous toutes ses formes. Comme l'a dit un des patrons d'Aston Martin lors de l'inauguration d'une nouvelle usine "History with no future is just history. History with a future represents heritage".
Derrière ce concept, réside sans doute le sentiment d'appartenance, quelque chose qui fait que, consciemment ou pas, les anglais sentent qu'ils sont partie prenante de cet héritage là.
Avant guerre, à l'occasion de la Coupe Schneider, les bords du Solent étaient envahis par une foule qui fut évaluée certaines années à plus de 300.000 personnes.
Ceux qui sont déjà allés à Duxford peuvent en témoigner, c'est plein. L'année dernière le meeting de Biggin Hill, qui a lieu en Juin, soit un mois avant Duxford, était plein, lui aussi, et il y en a d'autres. Et Goodwood, qui est un peu à la voiture ancienne ce que Duxford est aux avions, plein aussi.
Et la foule rencontrée lors de ces différents rassemblements n'est pas composée uniquement d'amateurs d'avions ou de voitures.
A Lille en Juillet 1996, lors de l'édition des 'Ailes de Légende', malgré la qualité du plateau, il n'y avait pas grand monde, pas assez sans doute pour justifier la tenue d'une seconde édition.
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