Ariane, ouf.

Ariane, ouf.

Messagepar Pegase.tv » 10 Avr 2003, 06:37

...Juste au passage, tôt ce matin, ce petit mot pour rappeler que cette nuit, une Ariane 5 standard (celle qu'ils appellent "générique", ça c'est un joli nom...), capable de placer 6 tonnes en orbite géosynchrone (celle située à 36.000 kilomètres, qui garantit la fixité du satellite par rapport à un point de la surface terrestre, orbite "inventée" par le trés grand Arthur Clarke, auteur entre autres de "2001", "Rendez-vous avec Rama"...), que cette grosse machine a donc placé ses deux satellites de télécoms sur une orbite impeccable.
L'un des passagers était indien, l'autre américain. C'est un évènement trés, trés positif, surtout aujourd'hui, alors que commence à se déployer aux Etats Unis une solide campagne anti-française visant à ridiculiser messieurs de Villepin, Chirac, et ceux qui les ont élus... Voir à ce sujet le commentaire de l'anchorman de Fox News, qui lors du démontage de la statue de Saddam Hussein hier à Bagdad, a débuté son commentaire en disant:
"...Et je me demande ce que pensent de Villepin et Chirac, eux qui voulaient conserver en place le régime..."
Donc, par ces temps, ce genre de choses est bon à prendre.
Sachez quand même que malgré ce succés, et malgré le fait qu'Arianespace possède 60% du marché mondial, la période est trés difficile pour les lanceurs européens. Jean Yves le Gall, boss d'Arianespace, demande aux états européens un milliard d'euros pour sauver le bébé, d'ici trois ans. Raisons:
1), le marché des satellites s'est réduit de moitié, les engins étant de plus en plus performants (et lourds),
2), la concurrence se manifeste de plus en plus fortement, surtout évidemment la concurrence US, dopée par un double marché: le civil, certes, mais aussi le militaire. Nous, on a pas de marché militaire...
3), le raté du 11 décembre dernier, avec la perte de la première Ariane 5 "Dix tonnes", version gonflée de la machine, qu'il faut en partie réétudier d'ici 2005.
Donc, si vous rencontrez votre député, n'hésitez pas à lui demander ce qu'il pense de cette affaire. S'il vous répond qu'Ariane n'a qu'à se débrouiller toute seule dans ce monde de compétition ultra-libérale, ou bien vous ne votez plus pour lui, ou bien vous êtes mûr pour la colonisation, ou bien vous émigrez de l'autre côté de l'Atlantique.
Car il y a, pour l'Europe spatiale, le feu au lac.
Meanwhile, en Chine, on prépare studieusement le premier lancement d'un équipage vers l'orbite basse. La question est juste de savoir si ça sera en Juillet, ou à l'automne...
Allez, à plus,
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Messagepar FXajaccio » 10 Avr 2003, 13:01

Si la situation devient intenable, est-ce utopique de penser à une coopération avec la Russie ou la Chine? j'avais entendu que des fusées russes pourraient etre tirées depuis Kourou...où en est-on?
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Messagepar Titimagic » 10 Avr 2003, 16:53

perso pour une collaboration avec la russie ca ne me gene pas... pour ce qui est de la chine je suis un peu plus embete...
Je pensais aussi que dans le ciel spatial europeen, la Russie etait deja bien implantee ?
Titimagic
 

riane se répète: Ariane est née du refus des Etats Unis de m

Messagepar Pegase.tv » 13 Avr 2003, 09:51

...L'un de nos problèmes d'européens, c'est de penser que pour accomplir de grandes choses il faut coopérer. Car évidemment la coopération permet (pense-t-on) de réduire les coûts, et donc de se payer le beurre et l'argent du beurre, plus un bout de la vache et un moment avec la fermière, pour le prix d'un yaourt.
C'est mignon, mais l'expérience démontre que ça ne marche que rarement, en particulier parce que ça aboutit rapidement à la gestion de programmes complexes par des empilages de comités représentatifs de tous les partenaires impliqués. L'expérience démontre que tant qu'Airbus a été mené d'une main d'acier depuis Toulouse, l'aventure s'est déployée suivant une trajectoire ascendante. Aujourd'hui?... Voir le marécage dans lequel patauge le projet de l'A 400 M, et la viscosité qui s'insinue lentement dans le secteur civil, avec la multiplication des sites d'assemblage et la fragmentation des responsabilités au sein d'une pyramide de pouvoir de plus en plus pharaonique.
Ariane et ses entités gestionnaires?
Tant que s'est exprimée une équipe forte menée par des personnages forts tels Frédéric d'Allest, coachés par des gestionnaires de génie tels Michel Bignier, protégés par des hommes politiques majestueux tels Hubert Curien, la courbe a été ascendante. Aujourd'hui, une fois le superbe gâteau installé dans la vitrine de la boutique Europe, les processus se sont dilués, des nouveaux joueurs sont apparus, et la combinaison d'une concurrence prête à tout, d'un marché en forte diminution, et de quelques avatars par ailleurs normaux dans la vie d'un fuséologue a rendu la vie trés difficile. D'où la demande expresse de Jean Yves le Gall, boss d'Arianespace et homme trés compétent, d'une aide/subvention émanant des états européens (donc des contribuables) pour tenir la tête hors de l'eau à ce superbe outil, se montant à un milliard d'euros, en lui conservant son identité européenne.
Par ailleurs, n'oubliez pas que l'Europe est déjà associée, en particulier pour le vol habité, avec la NASA et avec la Russie, et que dans les deux cas il s'agit de faire voler des passagers payants, des expériences et charges utiles payantes, et qu'au bilan même si l'Europe sait faire voler des passagers et connaît tout ce qu'il faut connaître de la théorie des vaisseaux spatiaux habités, ayant même conçu et construit Spacelab pour le programme navette, un Spacelab représentant une fortune payée par les contribuables européens et littéralement offerte à la Nasa dans les années 85, elle n'a absolument aucune indépendance en la matière.
Il faudra un jour que l'affaire Ariane se répète: car souvenez-vous qu'Ariane est née du refus catégorique des Etats Unis de mettre en orbite, moyennant achat de lancements, des satellites de télécom français et allemands. Pour garantir notre indépendance en la matière, le taureau fut alors pris par les cornes et la queue simultanément: les Etats Unis agissant ainsi, nous étions acculés à l'indépendance.
Oui, ça coûte un peu. Oui, ça créé des emplois. Oui, c'est pas idiot d'être capable de s'habiller tout seul, comme l'apprennent un jour tous les enfants.
Il faut vouloir, et agir. Et pas ergoter, combiner, retarder, palabrer et finir par se retrouver dans la position du mendiant honteux qui tente d'apparaître digne et noble.
Il ne faut pas être bidon, et on a su faire cela en Europe...
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Messagepar alex » 16 Juin 2003, 10:14

je relis les post par ordre non chronologique, ce qui amène à réagir avec 3 mois de retard, ce qui est toujours curieux et somme toute très long à l'échelle de l'internet.

Je me demande si penser que la coopération permet d'accomplir de grandes choses, est vraiment un problème… Je me demande si au contraire, cette coopération n'est pas parfois l'élément qui rend la réalisation de grandes choses possibles. je m'explique: le financement de projet pharaoniques comme ariane, airbus ou l'eurofighter ne peut être, ou très difficilement, supporté par un seul pays. Bien sûr, les projets seront difficilement gérables: chaque pays participant substantiellement veut avoir son mot à dire. Chaque pays participant veut aussi avoir ses dividendes.

La multiplication des sites de production est sans doute un mal nécessaire: si l'Allemagne et la France font chacun un apport similaire à un projet, serait-il politiquement tenable pour les allemands que seul les français créent de l'emploi avec le projet (un seul site à Toulouse, par exemple)? Il faut aussi noter que les américains n'ont rien fait d'autres avec les projets de la NASA: chaque projet, mercury, gemini, puis appollo ont vu, avec l'augmentation de la taille et de l'investissement, une multiplication des comités, sous-comités, états recevant chacun leur "dividendes". L'histoire retient le Texas et la Floride parce que la mission était dirigée depuis ou partait de respectivement l'un et l'autre de ces états, mais la NASA avait en fait implanté des centres et comités un peu partout dans le pays.

Sans doute cette dispersion n'est-elle pas rationnelle au plan de la théorie économique (si je ne m'abuse au sens micro-économique): il faudrait que tout soit centré en un endroit et que les strates de responsabilités et de décisions soient le moins nombreux possibles. Mais elle est néanmoins nécessaire au plan macro-économique (répartition des profits); de plus, comme dit ci-dessus, elle rend le projet tenable politiquement.

Le nombre de participants peut aussi rendre le financement du projet aléatoire: lorsque le financement est serré, le retrait d'un participant (voir le projet de destroyers Horizon) ou la réduction du nombre de commandes (voir l'A400M et la luftwaffe) peut faire s'écrouler l'édifice. Mais je note que la financement d'un projet national très cher est tout aussi fragile: combien de fois le charles-de-gaulle a-t-il failli être abandonné? Voir le TSR2 en Grande-Bretagne.

Il faut aussi différencier projets militaires et civils: les projets militaires sont toujours des gouffres et des garanties de dépassement de budget. Il n'y a pas une exception. Le caractère national ou international ne change rien: le rafale et l'eurofighter sont deux avions de taille, de prix et de capacité similaires, qui ont tout deux souffert de retards, techniques ou politiques, et de problèmes de financement. La toute petite avance de calendrier du rafale sur l'eurofighter est trop marginale pour être prise en compte. Ici, l'avantage de l'eurofighter est que 4 pays recevront des dividendes, 200 millions de contribuables l'ont financé, et 600 avions au moins seront produits, contre 234 pour le rafale. Je ne dis pas que l'eurofighter est meilleur, je dis que le projet est plus risqué (la participation de pays "pacifistes" comme l'Allemagne ou l'Italie est toujours risquée dans un projet militaire) mais économiquement plus supportable.

D'autre part, au niveau militaire, la coopération permet une certaine standardisation. On ne me fera pas croire que les besoins militaires de l'Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne sont différents. La vérité est qu'on ne veut même pas standardiser les gamelles en Europe, et ça, c'est grave. L'exemple le plus piquant pour reprendre celui de l'eurofighter et du rafale est la navalisation: l'excuse du poids de l'avion (9,5 tonnes contre 10,5 tonnes) afin de permettre une navalisation du rafale a été prise pour éviter une coopération franco-anglaise. Et maintenant, on veut navaliser l'eurofighter…

Et là, on met le doigt sur le seul problème réel de la coopération: la maîtrise d'ouvrage. Il faut toujours un dominant et un/des dominés. Or, de dominants en Europe, je ne vois que la France et l'UK. Les allemands sont un peu complexés depuis la guerre, les italiens et les espagnols n'ont pas la volonté. Et le résultat est là: airbus marche parce que le projet est d'origine française et que les anglais, arrivés tard (BA a refusé d'acheter airbus jusque tout récemment) n'ont une participation que marginale. Ariane, idem: maîtrise d'œuvre unique. Et l'eurofighter, exemple contraire: c'est un avion anglais, et pas allemand, cela se voit au premier coup d'œil.

En conclusion, oui à la coopération avec les coûts et risques qui y sont liés, pour toutes les bonnes raisons mentionnées, parce que ce n'est finalement que l'application de la théorie de Keynes, que les avantages à l'échelle européenne dépassent les inconvénients. Oui, tant qu'un équilibre entre nécessités économiques et de gestion sont pondérées avec nécessités politiques. Oui, tant qu'il peut y avoir un partage équitable des risques et des profits. Les européens ont tout à y gagner.
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Messagepar gather » 13 Août 2005, 06:12

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news ?

Messagepar Xavier de Pramont » 27 Sep 2005, 16:27

Quid de la situation actuelle d'Arianespace ?
Quid des perspectives d'un lanceur capable de mettre tout seul l'ATV en orbite basse (d'une part pour ne pas être dépendant d'un lancement navette toujours reporté, d'autre part pour prouver qu'on peut le faire) ?
Quid d'une Ariane lunaire pour du vol habité ? (question d'actualité, cf le post la Lune en 2018 ouvert par Berkut).
Deux ans après l'ouverture du présent post, qu'en est-il ?

Cette présente remontée du sujet n'est pas uniquement destinée à faire tomber le spammeur qui précède dans les oubliettes du forum :wink: , mais à alimenter un débat que nous croyons nécessaires.
Les échéances électorales approchent.
Comportons-nous comme nos amis de l'AOPA USA, qui, à chaque échéance majeure, demandent au candidat de se positionner sur les questions qui concernent l'Aviation Générale aux Etats-Unis : taxes, principe de l'usager payant, sécurité, financement de la FAA, etc.
Bernard Chabbert le mentionnait plus haut : faisons bosser nos députés. Ce sont eux qui, en cas de non-réélection, peuvent se mordre les doigts d'avoir négligé le tout petit segment que nous autres, passionnés d'espace, d'histoire et d'aéronautique, représentons.
L'Internet constitue aujourd'hui un outil de communication transversale tout à fait compatible, sous respect de règles de bon usage, avec les principes démocratiques.
Tentons de l'utiliser, malgré le faible nombre initial que nous représentons, faiblesse toute apparente dès lors que nous aurons trouvé le moyen d'élargir le champ de nos préoccupations, sans quitter l'horizon "aéro" :
A ce propos, comment communiquer et drainer d'autres secteurs des lecteurs partageant nos valeurs, c'est une question que je pose souvent depuis quelques jours, suggestions ?

Bon retour à tous sur Pégase, et merci aux gestionnaires du site d'être là, prêts à voler à la rescousse du bar virtuel de l'escadrille, pour reprendre l'expression de Bernard Chabbert.
Un virus, on s'en remet, faites comme moi, gardez un très vieux portable pour le business et les choses importantes, et, bien sûr, NE LE CONNECTEZ JAMAIS...
Comment faire alors pour transférer un fichier du portable à la station fixe et inversement ?
Il y en a, mais aucune n'est sûre à 100%.
Ma solution : ne pas transférer, c'est tout. Deux mondes, l'ancien, à la mode des années 80, celui d'avant internet : fichiers textes principalement, sortie imprimante, envoi courrier (pour 53 cts d'euro, c'est fou le succès qu'on a, d'ailleurs, vu que plus personne ne travaille de cette manière).
Mieux encore : déplacez-vous pour remettre votre petit mot, votre courrier, votre rapport, rencontrez les gens, renouez les contacts, vous verrez la force de l'humain réel, elle est énorme.
Sinon, en cas d'urgence, pour transférer un fichier préparé sur le portable "rétro" vers la station fixe, ou le portable wifi, voici ce qu'on peut faire : utiliser une clé USB, ou mieux, une bonne vieille disquette, PLEINE (vous comprenez pourquoi, j'espère...), ne comportant plus que quelques malheureux k disponibles. Et l'utiliser dans le sens "ascendant" uniquement, pour les fichiers que vous devez à tout prix récupérer sur votre station fixe afin de les reprendre ou les envoyer par internet.
Ne transférez un fichier que "Bon à Tirer", comme on dit dans le milieu de l'édition. Ce fichier, tout prêt, méfiez-vous d'ailleurs, il constitue en lui-même un traceur : si vous le rapatriez en flux descendant vers le portable "rétro", vous courez déjà un risque, même faible, d'où cette précaution, d'ailleurs insuffisante, mais raisonnable, qui consiste à travailler avec une disquette pleine, pour éviter qu'un intrus ne vienne y loger à votre insu. Quand une disquette est pleine "matériellement", au sens des octets disponibles, il est déjà plus difficile pour un intrus d'y entrer. C'est malheureusement sans garantie totale, d'où la recommandation suivante : Si vous bossez sur des choses sérieuses, qui demandent un gros investissement en temps, ou une certaine confidentialité, n'hésitez pas, appliquez la recette de cuisine dite de "la marche en avant".

Désolé d'effectuer tous ces rappels de simple bon sens, mais le désagrément de ce matin sert au moins à ça...
Amitiés à tous
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Messagepar Berkut » 27 Sep 2005, 16:50

Juste une précision, l'ATV sera bien mis en orbite par Ariane V seule....
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EFFECTIVEMENT,

Messagepar Xavier de Pramont » 27 Sep 2005, 18:10

.. mais alors, dans ce cas, pourquoi le planning de lancement de l'ATV semble-t-il dépendre de celui des tirs de navette ?
Merci de lever la confusion, si elle existe.
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Ariane, ça continue...

Messagepar Xavier de Pramont » 14 Oct 2005, 12:08

.. et ça fait plaisir à entendre, au petit matin, alors qu'on prépare les pierres brutes de carrière destinées à être retaillées et assemblées en vue du projet Bravo-Uniforme, cette autre façon de viser les étoiles.
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Messagepar FXaja » 14 Oct 2005, 16:17

oui et avec comme passager un satellite de telecom militaire, afin de rendre nos gars plus autonomes hors de France... j'aimerais tant voir Syracuuuuuuuusssseeeee 8)
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